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Malgré une certaine popularité dans les grands centres urbains, on considère souvent l’art contemporain comme difficile d’accès. Il ne vient pas naturellement à tout le monde l’idée de pousser la porte d’une galerie d’art ou d’un musée.
Donnemarie-Dontilly est également difficile d’accès. Ce petit village rural d’origine médiévale est isolé entre les champs de betteraves du plateau de Brie, la plaine inondable de la Bassée et les collines du Montois. Scindé en deux bourgs (Donnemarie et Dontilly), il est situé loin des grandes voies de circulation et dépourvu de toute véritable politique touristique, culturelle ou artistique.
Il y avait donc peu de chance que le chef-lieu de canton du Montois (quand même !..) rencontrât un jour le début d’une once d’art contemporain. C’est pourtant le pari de Fenêtre sur l’Art, depuis sa création en 2005.
Le principe est simple : accrocher des œuvres d’art aux fenêtres des maisons et aux vitrines des magasins de la ville pour transformer la rue en galerie d’art.
Le jour, les inévitables reflets sur les vitres limitent l’exercice et peuvent frustrer artistes et spectateurs : l’œuvre n’est pas toujours à son avantage. Dès que la nuit tombe, en revanche, l’éclairage (de 17 h à 21 h) met en scène toile, sculpture, photos… leur donnant une tout autre dimension.
De retour de l’école, les enfants aiment s’attarder devant les étranges vidéos projetées sur le mur d’une propriété, indifférents au ballet des voitures qui sillonnent le village à cette heure.
Installer des œuvres aux fenêtres des maisons n’est pas une nouveauté. Le procédé est déjà appliqué à Lille à une bien plus grande échelle qu’à Donnemarie-Dontilly. Là-bas comme ici, il vise d’abord à animer la ville, en lui donnant des couleurs un peu inhabituelles. Il permet d’impliquer les habitants qui prêtent leurs fenêtres de bonne-grâce, en acceptant des œuvres qu’ils n’apprécient pas toujours.
Un grand bravo à ces galeristes éclairés (dans tous les sens du terme !).
Ensuite, l’objectif est de faire descendre l’art contemporain dans la rue, de permettre à tout un chacun d’exercer son œil critique en toute liberté.
Certains passants sont totalement indifférents aux œuvres exposées. D’autres se moquent, persiflent, ricanent… D’autres encore s’arrêtent devant l’œuvre de leur choix, y passe le temps qu’ils veulent, y reviennent tout à leur aise le jour ou la nuit. De l’enthousiasme assumé pour une toile aux critiques les plus acerbes, la parole n’est pas étriquée, formatée, comme trop souvent dans les lieux « branchés » de l’art contemporain.
Il ne faudrait pas le dire, mais l’équipe de Fenêtre sur l’Art a un projet très ambitieux. Elle s’est donné une dizaine d’années pour affûter le regard des habitants du canton de Donnemarie-Dontilly à l’art contemporain. Pour qu’ils commencent à se l’approprier, qu’ils arrivent à dépasser les préjugés qui entourent trop souvent l’art contemporain, qu’ils réagissent aux œuvres d’abord pour ce qu’elles leur disent de la vie au XXIe siècle.
C’est aussi la raison pour laquelle, depuis la rentrée scolaire 2006, nous travaillons en étroite collaboration avec les écoles de la ville.
Enfin, nous voulons que cette exposition originale aide les artistes à vendre leurs œuvres. Si un amateur craque pour un dessin, une huile ou une photo, il peut l’acquérir en passant par l’association.
Contrairement à une galerie, qui prélève 50 % du prix de vente de l’œuvre, Fenêtre sur l’Art n’en demande que 10 % afin de pouvoir couvrir une partie de ses frais.
Après deux expositions, il faut bien constater que les recettes tirées de la vente sont encore bien maigres. Le marché, manifestement, n’est pas mûr. Peut-être pour 2007 ? En attendant, nous ne vivons que des adhésions et d’une subvention de la mairie de Donnemarie-Dontilly, que nous saluons pour son soutien.
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